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  • L’expérience du Grand Congloué

Au pied d’un massif marseillais se dessine l’avenir d’une nouvelle discipline scientifique.

La toute première fois…

Gaston Cristianini, le plongeur marseillais qui déclare l’épave en 1948 au sud-est de la rade de Marseille, près de l’île de Riou, ne se doute pas qu’il vient de découvrir le site qui donnera lieu, entre 1952 et 1957, à la première fouille sous-marine au monde.

Initiée par Jacques-Yves Cousteau et dirigée par Fernand Benoit, elle voit survenir le premier décès d’un plongeur sur un chantier de fouille. En novembre 1952, impossible en effet de réanimer Jean-Pierre Servanti, victime d’une narcose, malgré l’intervention immédiate d’Albert Falco.

Pour obtenir des résultats, l’imagination est au pouvoir. Les premières suceuses, ces aspirateurs sous-marins aujourd’hui encore indispensables, sont inventées au Grand Congloué.

Une épave peut en cacher une autre

Le gisement du « Conglue », comme disent les Marseillais, révèle un chargement d’amphores et de céramiques que l’équipe de Cousteau croit remonter du pont puis de la cale du navire. Mais les archéologues terrestres datent les vestiges de deux époques distinctes et ce « mystère » suscite l’une de ces terribles polémiques dont l’histoire des sciences a le secret…

En 1966, André Malraux, alors ministre de la Culture, prend la décision de créer le DRASSM pour professionnaliser l’étude des épaves. De fait, c’est une équipe du DRASSM qui prouvera en 1980 la présence au pied du Grand Congloué de deux navires perdus à un siècle d’intervalle et dont les épaves se sont très exactement superposées. Le directeur scientifique de la première fouille, Fernand Benoit, en avait eu l’intuition mais il n’en a rien dit, faute peut-être de pouvoir le prouver. La polémique s’éteint enfin.

« Notre chef plongeur sur le Grand Congloué, c’était Frédéric Dumas. On faisait deux à trois plongées à quarante mètres par jour. Ce n’était pas rien ! Au départ, j’ai été un peu déçu par ce tumulus que depuis on a vu partout. Après… on apprend son métier. Ceci dit on m’a surtout expliqué : - voilà une suceuse pour aspirer le sédiment, puis il faut enlever délicatement les poteries. On a remonté 4 000 amphores et 10 000 poteries. Un jour, je suis parvenu, en une seule plongée, à remonter 36 amphores dans le panier. Le tout en un quart d’heure. C’était l’usine !
La grande bigue de 25 mètres qu’on avait établie sur la roche permettait de descendre la suceuse à l’aplomb. On avait une plateforme avec une petite cabane en bois et en tôle, où l’on vivait, ainsi qu’un compresseur qui donnait de l’air à basse pression car on plongeait avec des narghilés. Sauf quand la Calypso était là. Dans ce cas, on plongeait avec des bouteilles. » Albert Falco.