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  • Une « pierre à histoires »

Les animaux et la thérianthrope peuvent être interprétés comme les acteurs d’une histoire, même si certains éléments sont énigmatiques.

Par exemple, le cheval du recto possède un sabot pourvu d’une excroissance qui évoque une sorte de « pied » rudimentaire : le détail donne une discrète touche humaine à cet animal pourtant fort réaliste. Aucun lien graphique ne rattache les deux sujets mais il est difficile de ne pas les associer en une même scène : le cheval a-t-il été victime de la thérianthrope qui le suit et le menace encore avec son bras levé ? Le lien avec la face opposée est établi par les attitudes semblables des chevaux mais, sur le verso, l’équidé côtoie des rennes, placés en sens inverse de lecture. Une véritable gestuelle accompagne l’acte de graver : l’artiste fait tourner le galet dans ses mains, au fur et à mesure qu’il y ajoute des figures. Ce déroulement nous évoque celui d’un récit, la progression d’une histoire en images dont le discours permettait de suivre le fil.

La situation du galet, dans la couronne de pierres d’un imposant foyer domestique, où il fut déposé intentionnellement, constitue un autre fait marquant. Sur d’autres sites magdaléniens, bon nombre de pierres gravées ont été exposées aux flammes, au point d’être fracturées par les chocs thermiques. Le passage par le foyer est une étape importante au cours d’un cycle d’événements : sous l’effet de la chaleur, les pierres rougissent et éclatent, le morcellement aboutissant à la destruction de la roche et des images qu’elle porte puis certains fragments sont récupérés pour être gravés de nouveau. À Étiolles, le galet est intact mais localement rougi par le feu ; il n’a donc été exposé ni longtemps, ni souvent.

Les espèces animales représentées sont les proies habituelles des Magdaléniens, rennes et chevaux marqués de signes qui évoquent des blessures. La figuration de l’animal chassé relève peut-être de la volonté de tuer « en effigie », hypothèse formulée dès les premières découvertes ; brûler la pierre gravée jusqu’à ce qu’elle se disloque et que l’image se désintègre achèverait le processus. Autour du foyer d’Étiolles, il semble que le processus ne se soit pas déroulé jusqu’à son terme, l’éclatement thermique du bloc. À moins que cette « anomalie » à nos yeux ne traduise un rite différent ?