Tout comme l’encens, la myrrhe était récoltée en Arabie du Sud et diffusée jusqu’aux confins de la Mésopotamie et du bassin méditerranéen pour satisfaire les dieux, les vivants et les morts.

Une résine aromatique présente sur le pourtour du golfe d’Aden

La myrrhe tient son nom de l’akkadien murru, que l’on retrouve en arabe, murr, "amère". Cette résine aromatique suinte de l’écorce d’un petit arbre tortueux et broussailleux, le Commiphora myrrha, et forme des gouttelettes aux couleurs chatoyantes. L’arbre se rencontre sur les hauteurs du Yémen central et oriental, dans le Sud de l’Oman et au Nord de la Somalie. La résine était utilisée pour des fumigations dans les temples et rites funéraires, elle entrait également dans des préparations cosmétiques et médicinales.

Une ressource prisée en Mésopotamie et en Méditerranée

Les archives royales assyriennes rapportent que le souverain Tukulti-Ninurta II (890-884) s’approvisionnait en myrrhe auprès des cités de Sirqu et de Dur-Katlimmu, sur le moyen Euphrate. Celles-ci constituaient le débouché des caravanes venues de la lointaine Arabie.

Deux siècles plus tard, la poétesse grecque Sapphô de Mytilène évoquait en vers le mélange aromatique de l’encens, de la myrrhe et de la casse. Au Ve siècle av. J.-C., Hérodote décrivait à son tour de manière fabuleuse l’Arabie, aux confins du monde habité, d’où proviennent l’encens, la myrrhe, la cannelle, le cinname, et d’où s’exhale une odeur divinement suave. Nous mesurons combien fut grand l’attrait pour les résines aromatiques sud-arabiques dans des régions qui lui étaient fort éloignées. C’est dans le but de pourvoir ces contrées lointaines que se mirent en place le commerce caravanier transarabique puis un commerce par voie maritime à partir du début de l’ère chrétienne.

Au Ier siècle, Pline l’Ancien regrettait que plus de 100 millions de sesterces fussent "annuellement enlevés à l’empire [Romain] par l’Inde, la Sérique, et la presqu’île Arabique" en aromates et épices.