Au début du VIe siècle, l’influence du royaume chrétien d’Axoum, en Éthiopie, alla croissant, jusqu’à renverser le dernier roi juif himyarite. Devenu vassal du négus éthiopien, Himyar se christianise et réaffirme son emprise sur la péninsule Arabique.

Le massacre des chrétiens de Najrân

Vers 521, le roi juif Yûsuf Asʾar Yathʾar succèda à Maʿdîkarib Yaʿfur, roi chrétien mis sur le trône par les Abyssins. Il entreprit la conversion forcée des communautés chrétiennes d’Arabie méridionale, brûlant les villes qui offraient une résistance et martyrisant les chrétiens qui refusaient l’apostasie. Par sa rare violence, le massacre des chrétiens de Najrân eut un large écho dans l’ensemble du monde byzantin. Il provoqua en représailles une expédition punitive menée par le souverain d’Axoum, Kaleb, qui s’acheva par la mort de Yûsuf et la mise sur le trône d’un vassal chrétien, Sumyafaʿ Ashwaʿ. Ce dernier fut à son tour renversé par un général éthiopien, Abrahâ (535-558), qui s’émancipa de la tutelle axoumite et s’affirma en conquérant.

Le règne d’Abraha

Abraha consacra une première partie de son règne à mater l’opposition interne des tribus himyarites. Cette période de crise s’acheva au début de l’année 548, date à laquelle le roi convoqua une conférence diplomatique réunissant les représentants des grandes puissances régionales : Axoum, Byzance, la Perse, le royaume d’al-Hirâ (Basse Mésopotamie) et le phylarquat de Palestine. Cette conférence avait pour cadre la ville de Maʾrib dans laquelle le roi entreprenait alors des travaux de réparations du monumental barrage avec l’aide des tribus locales.

Commenca alors une période de conquête de la péninsule Arabique et de soumission des tribus arabes de Maʿadd (Arabie centrale), Hagar et Khatt (golfe Persique), Tayy (Arabie du Nord), Yathrib (Médine) et Guzam (Arabie du Nord-Ouest). Himyar dominait alors l’ensemble de la péninsule Arabique.

Le déclin significatif de la civilisation sudarabique

Deux fils succédèrent à Abrahâ lors de règnes courts et tyranniques : Yaksum et Masrûq. La mort brutale du dernier souverain himyarite, Masrûq, renversé avec l’aide de la Perse sassanide, mit un terme à la civilisation sudarabique. La période d’anarchie qui s’ensuivit entraîna une seconde intervention perse qui s’acheva par l’installation d’un gouverneur à la tête de ce qui devint une province perse, vers 575. En 630, le dernier gouverneur perse, Bâdhân, se convertit à l’islam et fit acte d’allégeance envers Mahomet.

Cette valse des souverains caractérise le déclin de la civilisation sudarabique : le commerce maritime allait décroissant ; les souverains perdaient leur légitimité ; leur pouvoir s’en trouvait affaibli ; enfin les inscriptions sudarabiques cessèrent d’être gravées à partir du milieu du VIe siècle.