Syrie - Il y a 7000 ans

Ashara et sa région

La région d'Ashara témoigne de la coexistence de populations sédentaires, vivant en ville ou dans les campagnes irriguées, avec des populations semi-nomades, traversant les steppes, expertes dans l’élevage des moutons, ainsi que dans la circulation des marchandises, mais également les interventions de pouvoirs impériaux.


Terqa. vue générale du site depuis la rive gauche de l’Euphrate. Mission franco-syrienne de tell Masaîkh.
Terqa. vue générale du site depuis la rive gauche de l’Euphrate. Mission franco-syrienne de tell Masaîkh.

La Mission à Tell Masaïkh / Projet "Terqa et sa région" regroupe trois projets archéologiques interdisciplinaires distincts, réalisés par une équipe internationale, qui partagent la même finalité, la reconstruction de l'histoire et de l'évolution, depuis la préhistoire jusqu'à l'époque médiévale, des sociétés installées dans la basse vallée du Moyen-Euphrate syrien, dans le territoire situé autour de la ville d'Ashara. Les trois activités principales de la mission sont :

  • Tell Masaïkh – Kar-Assurnasirpal : les sites urbains du Ve millénaire ; IXe- VIIe siècles av. J.-C., fouillé depuis 1886.
  • Ashara - Terqa : cité antique occupée du IIIe-IIe millénaire av. J.-C. au XIIe siècle apr. J.-C., fouillée depuis 1997.
  • Prospections et sondages dans la vallée irriguée et dans les steppes, fouillés entre 1997 et 2007.

Tell Masaïkh / Kar-Assurnasirpal 

A Tell Masaïkh les niveaux archéologiques les plus anciens correspondent à des occupations préhistoriques, d'époque Halaf et Obeid (Ve – IVe millénaire), suivies, après un long abandon, par celles du Bronze Moyen II - III (IIe millénaire av. J.-C., contemporaines de celles de Terqa. Mais les fouilles ont montré que la période où le site prend une grande importance dans la région est l’âge du Fer II-III (IXe -VIIe siècle av. J.-C.) quand une colonie de l’empire assyrien y est installée, appelée « Kar-Assurnasirpal » le « Port d’Assurnasirpal », du nom du roi fondateur, destinée à surveiller la circulation sur l’Euphrate et l’ensemble de la région, traversée par les itinéraires commerciaux provenant des marchés d'Arabie. Les recherches dans l’environnement du site ont montré qu’au début du VIIIe siècle, le pouvoir assyrien y démarre la construction d'un grand canal parallèle à l'Euphrate, dont le tracé a été identifié sur presque 100 km. Utile pour les transports ainsi que pour l’irrigation, ce canal marque et dérègle les équilibres de la région. L’étude de l’architecture du palais « royal » de la colonie a mis en évidence comment les élites, à contact avec la société locale, ont recherché progressivement une plus grande autonomie par rapport à l’empire assyrien, jusqu’à provoquer sa réaction, et la destruction des quartiers nobles. La colonie revient sous le contrôle direct de la métropole, jusqu’à l’écroulement de l’empire (VIe s. av. J.-C.). La région est alors presque abandonnée, et une occupation rurale apparait sur le site seulement à l’époque romano-parthe (IIe-IIIe siècle apr. J.-C.), et enfin islamique ancienne (Xe-XIIe siècles), séparées par de longues périodes d'abandon.

Masaïkh, vue satellite du site
Image
Masaïkh, vue satellite du site
©DigitalGlobe
Masaïkh, plan général du site et des chantiers
Image
Masaïkh, plan général du site et des chantiers
©Mission Masaïkh, Maria Grazia Masetti-Rouault
vue aérienne de la fouille du secteur du secteur sud-ouest de l’acropole : sous l’enceinte néo-assyrienne (8ème siècle av. J.-C.), vue des niveaux d’époque Halaf (5ème mill. av. J.-C.)
Image
Vue aérienne de la fouille du secteur du secteur sud-ouest de l’acropole
©Mission Masaïkh, photos cerf-volant Sabrina Salmon, montage Pedro Azara
Partie centrale du palais néo-assyrien avec salle du trône et cour dallée
Image
Partie centrale du palais néo-assyrien avec salle du trône et cour dallée
©Mission Masaïkh, Maria Grazia Masetti-Rouault
Plan du secteur ouest du site avec chantiers principaux
Image
Plan du secteur ouest du site avec chantiers principaux
©Mission Masaïkh, Maria Grazia Masetti-Rouault
Reconstitution en partie restituée du plan du palais néo-assyrien et de ses dépendances
Image
Reconstitution en partie restituée du plan du palais néo-assyrien et de ses dépendances
©Mission Masaïkh, Pedro Azara
Salle de stockage de jarres associée à un temple(?)
Image
Salle de stockage de jarres associée à un temple(?)
©Mission Masaïkh, Maria Grazia Masetti-Rouault
Figurine en terre cuite d’époque Halaf, 5ème millénaire av. J.-C.
Image
Figurine en terre cuite d’époque Halaf
©Mission Masaïkh, Maria Grazia Masetti-Rouault
Bijoux d’époque néo-assyrienne
Image
Bijoux d’époque néo-assyrienne
©Mission Masaïkh, Maria Grazia Masetti-Rouault
Fragment de peinture murale, décor du palais néo-assyrien
Image
Fragment de peinture murale, décor du palais néo-assyrien
©Mission Masaïkh, Paola Poli
Figurine en verre
Image
Figurine en verre
©Mission Masaïkh, Francesca Onnis

La cité de Terqa / Ashara

Les fouilles à Terqa ont révélé les vestiges d’une occupation fondée sur la rive Ouest de l’Euphrate au début du IIIe millénaire av. J.-C., représentant ainsi une des premières cités de la région, contemporaine de sa voisine, la plus importante et célèbre cité de Mari. Dès le début du IImillinaire, la région est gouvernée par des rois amorrites, et sa culture influencée par les traditions provenant des steppes. Après la destruction de Mari par les Babyloniens vers début du IIe millénaire, Terqa devient la capitale du « royaume de Khana », résidence royale jusqu’au milieu du IIe millénaire. Après une longue crise, la cité redevient le centre d’une confédération politique quand la région est réorganisée par les populations locales « araméennes » au début du Ier millénaire av. J.-C. L’arrivée des armées de l’empire assyrien, centré le long du Tigre. (IXe s. av. J.-C.) met fin à leur autonomie. Les prospections et sondages réalisés sur les sites de Jebel Mashtale, Tell Marwaniye, Tell Jurdi Sharqi et Bir el-Haddad, ont documenté, pour la première fois, l’histoire de cette région pendant le Bronze Récent et à l’âge du Fer (milieu du IIe - milieu du Ier millénaire av. J.-C.), mettant en évidence la présence, et l’influence sur les cultures locales, tant des pouvoirs du Sud, Babylone, que du Nord, l’Assyrie.

Carte de la Mésopotamie du Nord
Image
Carte de la Mésopotamie du Nord
©Mission Ashara-Terqa, Olivier Rouault sur fond Google
Carte de la région de Terqa et Masaïkh
Image
Carte de la région de Terqa et Masaïkh
©Mission Ashara-Terqa, Olivier Rouault
Image
Terqa, vue générale du site (2000) depuis la rive gauche de l’Euphrate
©Mission Ashara-Terqa, Olivier Rouault
Terqa, plan général avec les chantiers
Image
Terqa, plan général avec les chantiers
©Mission Ashara-Terqa, Olivier Rouault
Image
Les niveaux de la première moitié du IIIème millénaire av. J.-C.
©Mission Ashara-Terqa, Olivier Rouault
Bâtiments du milieu du IIIème millénaire av. J.-C.
Image
Bâtiments du milieu du IIIème millénaire av. J.-C.
©Mission Ashara-Terqa, Olivier Rouault
Hypogée à trois chambres
Image
Hypogée à trois chambres
©Mission Ashara-Terqa, Olivier Rouault
Reconstitution 3D de l’hypogée
Image
Reconstitution 3D de l’hypogée
©Mission Ashara-Terqa, Pedro Azara
Sépulture avec équidé associé et une cruche proche de la tête du défunt (milieu du IIIème millénaire av. J.-C.)
Image
Sépulture avec équidé associé et une cruche proche de la tête du défunt (milieu du IIIème millénaire av. J.-C.)
©Mission Ashara-Terqa, Olivier Rouault
Tombe de la fin du IIIème millénaire av. J.-C., sous le sol d’une maison
Image
Tombe de la fin du IIIème millénaire av. J.-C., sous le sol d’une maison
©Mission Ashara-Terqa, Olivier Rouault
Grand bâtiment administratif de l’époque paléo-babylonienne
Image
Grand bâtiment administratif de l’époque paléo-babylonienne
©Mission Ashara-Terqa, Olivier Rouault
Dégagement du bâtiment paléo-babylonien
Image
Dégagement du bâtiment paléo-babylonien
©Mission Ashara-Terqa, Yves Baudouin
vue générale du bâtiment administratif de l’époque du royaume de Hana (XVIIème-XVème siècles av. J.-C.)
Image
vue générale du bâtiment administratif de l’époque du royaume de Hana (XVIIème-XVème siècles av. J.-C.)
©Mission Ashara-Terqa, Olivier Rouault
Découverte et dégagement d’une épée en bronze de type « harpé » (XVIème  siècle av. J.-C.)
Image
Découverte et dégagement d’une épée en bronze de type « harpé » (XVIème siècle av. J.-C.)
©Mission Ashara-Terqa, Olivier Rouault
Collier en perles de cornaline et lapis lazuli
Image
Collier en perles de cornaline et lapis lazuli
©Mission Ashara-Terqa, Olivier Rouault
Perles plaquées d’une feuille d’or, XVIIIème siècle av. J.-C.
Image
Perles plaquées d’une feuille d’or, XVIIIème siècle av. J.-C.
©Mission Ashara-Terqa, Olivier Rouault
« Trésor » constitué de fragments d’argent
Image
« Trésor » constitué de fragments d’argent
©Mission Ashara-Terqa, Olivier Rouault
Maquette en terre cuite de chariot bâché, XVIIIème siècle av. J.-C.
Image
Maquette en terre cuite de chariot bâché, XVIIIème siècle av. J.-C.
©Mission Ashara-Terqa, Franco Lovera
Figurine en terre cuite, sorte de « centaure »
Image
Figurine en terre cuite, sorte de « centaure »
©Mission Ashara-Terqa, Pamela Courtial

Propections dans la basse vallée du Moyen-Euphrate syrien

Les collaborations établies entre différentes institutions françaises et européennes, et surtout avec la Direction des Antiquités de Syrie, ont rendu possible la réalisation d'un programme complet de fouilles, de prospections, de sondages, d’analyses et études du matériel archéologique, archéo-biologique, archéométrique, ainsi que l’étude de la vaste documentation épigraphique, les tablettes cunéiformes, qui sont encore en cours. Ces travaux, et les publications qui en dérivent, permettront de réunir les données utiles pour reconstituer l'histoire de cette région, dont les besoins associés à son développement démographique et économique - mais désormais surtout dont les destructions liées à la guerre - risquent d’effacer complètement les vestiges et la mémoire du passé. Un effort particulier a été fait, dans les dernières années, dans la mise en place d’une base données numérique, destinée à permettre le partage de la documentation et des informations réunies dans le cadre de ce projet, avec les autres chercheurs, et en particulier avec les collègues syriens.

La mission franco-syrienne "Tell Masaïkh / Projet Terqa et sa région"

La cité de Terqa, sur la rive ouest de l’Euphrate, identifiée en 1914 grâce à des tablettes cunéiformes retrouvées à Ashara (Syrie), a été fouillée dès 1975 par des archéologues américains, puis, depuis 1987, par une équipe française dirigée par Olivier Rouault (Université Lyon2). Ces recherches ont été élargies en 1996 à la région environnante. D’autres sites, comme Tell Masaïkh, Jebel Mashtale et Marwaniye ont été identifiés et étudiés en rive gauche de l’Euphrate, ainsi que Bir-el-Haddad plus au nord dans la steppe. Le programme de fouilles sur le site de Tell Masaïkh, sous la direction de Maria Grazia Masetti-Rouault (EPHE PSL) est devenu autonome en 2004. Depuis 2009, tous les permis relatifs à ces recherches ont été réunis, établissant une mission franco-syrienne, « Tell Masaïkh/ Projet Terqa et sa région ». Les dernières missions de terrain ont eu lieu à l’automne 2010. Les études et les publications sont encore en cours. Les sites, bien qu’endommagés, n’ont pas été détruits.