Un nouvel éclairage sur la genèse du bouddhisme en Afghanistan

Mès Ainak

Mès Ainak, à quelques dizaines de kilomètres au sud de Kaboul, est fouillé depuis 2009 et se révèle déjà comme un site majeur pour comprendre l’évolution du bouddhisme en Afghanistan et apprécier les interactions entre les communautés monastiques et la vie politique et économique locale.


Un site découvert dans les années 1960

À 40 km au sud de Kaboul dans la province du Logar, le site de Mès Ainak a été une première fois identifié en 1960 par le géologue français Albert de Lapparent qui signala que, sur ce riche dépôt de minerai de cuivre, se trouvaient les vestiges de constructions anciennes probablement des premiers siècles apr. J.-C. En 1977 une mission d’archéologues et de géologues du CNRS eut l’occasion de revisiter ce site et de confirmer cette première analyse.

L’exploitation du cuivre envisagée par une compagnie soviétique à la fin des années 1970 fut repoussée du fait de la situation sécuritaire qui de 1979 à 2001 prévalu dans cette zone. C’est aussi pendant cette période que commencèrent les pillages auxquels mis un terme la sécurisation du site en prévision de la mise en place d’un projet minier dont la conduite a été concédée, en 2008, à une compagnie chinoise.

Un vaste complexe minier et….monastique

Reconnu sur une superficie de 4 km2 le site de Mès Ainak s’articule autour d’un promontoire rocheux, le kouh i Baba Wali, correspondant à la zone où les dépôts de minerais cuivreux étaient les plus accessibles. Probablement dès l’Âge du bronze, et de façon avérée dès le Ier siècle av. J.-C., furent  entrepris des travaux d’extraction du minerai, mais également de transformation et de métallurgie du cuivre. Ils semblent avoir pris une importance de plus en plus grande jusqu’au VIIe siècle apr. J.-C., pour cesser complètement à partir de cette date.

À cette activité artisanale de grande ampleur on peut associer, au moins dès le Ier siècle apr. J.-C., l’implantation de monastères bouddhiques, généralement fortifiés, disposés autour de la zone minière ainsi que de chapelles, de bâtiments, dont les fonctions restent à préciser, au cœur de la zone d’exploitation. Cette dernière était protégée par un rempart constituant un réduit fortifié qui semble avoir été le centre de l’implantation antique.

Une riche illustration de la culture artistique et matérielle des premiers isècles de notre ére en Afghanistan

Les fouilles entamées en 2009 par l’Institut afghan d’archéologie ont livré un très riche matériel archéologique. On y trouve plusieurs milliers de statues en terre crue représentant des bouddhas, des boddhisatvas, des pèlerins, mais également des fragments d’une statue de la déesse indienne Durga. Les statues en pierre ou en métal sont également bien représentées ainsi que de nombreuses peintures murales illustrant un aspect original des traditions artistiques kouchanes et kouchane-sassanides.

Les bonnes conditions de conservations ont permis de recueillir quelques statues en bois ainsi que des éléments de mobiliers et de charpentes. C’est aussi à cet environnement favorable qu’on doit d’avoir pu retrouver des manuscrits sur écorces de bouleau dont certains correspondent à des sutras bouddhiques très connus (Sutra du diamant). Un très abondant matériel numismatique a été recueilli, pour une part il correspond à la production d’un atelier monétaire installé à Mès Ainak dont les traces ont pu être identifiées, mais il a été également découvert des dépôts de monnaies d’argent sassanides ainsi que quelques monnaies en or kouchannes.

L’exploitation archéologique de ce site devrait se poursuivre dans les années qui viennent.