C’est l’accélération  de la remontée du niveau mondial des océans (commencée avec la débâcle würmienne), liée au réchauffement climatique, qui est la plus préoccupante.

Un site menacé

La perte progressive de ce qui reste de ce site majeur sera certainement la suite logique de ce phénomène (l’ennoiement de la cavité a commencé lors de l’ingression marine postglaciaire, il y a environ 9 000 ans). Nous avons pu remarquer, au niveau du Panneau des Chevaux, une brusque montée de quelques centimètres du niveau moyen de l’eau depuis 2011.

Les risques anthropiques pouvant provoquer une pollution du site sont extrêmement nombreux. La mer Méditerranée est une zone très fréquentée par des navires de tous types. En particulier, la proximité du port pétrolier de Fos-sur-Mer engendre un trafic de matières sensibles. Un risque bactériologique existe également en raison du rejet d’eaux usées à proximité de la grotte (exutoire, dans la calanque de Cortiou, des égouts de Marseille et de 15 autres communes raccordées, ce qui en fait la plus grande station souterraine de traitement des eaux du monde). En l’absence de courant marin, ce sont ces eaux qui baignent la grotte en y pénétrant par des fissures sous-marines. Un risque chimique y est également associé du fait des produits chlorés utilisés pour le traitement des effluents (chlorure ferrique notamment, surtout en août, période de surpopulation touristique, d’orage et d’absence de courant marin).

Des risques structurels menacent également le site. En effet, la grotte se développe dans un massif karstique constitué de couches de calcaire barrémien à faciès urgonien. Chaque strate est séparée de la suivante par une couche argileuse qui concentre la circulation de l’eau. Un fort pendage des strates en direction du sud/sud-est fait que les couches ont tendance à glisser l’une sur l’autre, dans le sens de la pente. Ces déplacements sont visibles dans la grotte.

Les risques sismiques sont tout aussi importants que les précédents. La région PACA est la plus soumise de toute la France à ce type de danger. Le rapprochement de la plaque africaine (au sud) qui vient butter contre la plaque eurasienne (au nord) explique l’existence de la faille de la Durance et le nombre impressionnant de séisme qui ont lieu chaque année (il se produit, dans la région, au moins trois secousses par an d’une magnitude supérieure à 3).

Sauvegarde numérique

Notre but pour cette opération était de montrer qu’il est possible de sauvegarder de façon pérenne et objective les surfaces de la grotte afin de disposer d’une mémoire numérique de la caverne et de ses œuvres qui soit suffisamment disciminante pour être également un outil de recherche non-destructif, simple à utiliser et performant et non une simple volumétrie destinée à du tourisme virtuel.

Le projet topographique tridimensionnel que nous avons élaboré devrait répondre à la fois à la grande difficulté d’accès, à l’absence d’énergie, être économique pour s’adapter au budget d’acquisition effectuée au tachéomètre à laser a construit une topographie générale infracentimétrique (bouclée à moins de 3mm sur l’ensemble de la grotte). La deuxième couche de donnée vient d’un scanner rotatif laser haute définition donnant une volumétrie infracentimétrique. La troisième couche d’information est venue d’un scanner optique de laboratoire donnant une précision inframilimétrique. La dernière couche est encore potique et est acquise en photographie numérique calibrée à très haute définition qui permettra de rajouter également une texture et une colométrie absolue. Cette expérimentation prototype est parvenue, en consolidant ces quatre couches à une restitution d’une finesse de 12 um.

Avec l’acquis de cette expérience, nous avons gagné en rapidité d’exécution et, après mise au point d’une nouvelle méthodologie de photographie épipolaire (ce qui fait une cinquième couche de données), avons réussi à atteindre une finesse de um (huit millièmes de millimètre) ce qui nous permettra un travail délocalisé au plus prêt du réel. À l’usage, la 3D se révèle bien plus discriminante que la simple observation in situ.