Un complément d'information utile

Il n'y a pas de prospection aérienne sans contrôle au sol après les survols. La photographie aérienne ne fait que révéler ce qui peut éventuellement s'observer sur le terrain. Les vues aériennes et les vues au sol se complètent et s'éclaircissent mutuellement.

Ce qui pouvait paraître complexe et un peu mystérieux d'avion devient parfois d'une grande simplicité sur le terrain. Les anomalies révélatrices du passé dans le paysage sont souvent bien perceptibles pour le promeneur, pour peu qu'il emporte avec lui les couvertures aériennes et cartes de l'IGN (cartes au 1/50000e et au 1/25000e).

Suivre les voies romaines est un jeu d'enfant; de même est-il plaisant d'y observer les formes inhabituelles de certains bosquets ou de lignes d'arbres trahissant l'emplacement de systèmes défensifs. Pour ce qui est des vestiges archéologiques arasés, seuls les très petits ensembles peuvent être facilement découverts en parcourant les champs. Citons les tracés de petites dimensions et de formes bien géométriques qui donc " sautent aux yeux ".

Ainsi, les anciens fossés circulaires des enclos funéraires de l'Âge du Bronze, bien que comblés, gardent mieux l'humidité. Ils se manifestent de façon aussi évanescente qu'étonnamment polymorphe, grâce à la rosée, au givre, à la croissance plus rapide des cultures, à leur verse après un orage, ou encore grâce à leur jaunissement différentiel.

 

Liercourt-Erondelle (Somme), lieu dit
Même site au printemps, du haut d'une levée de terre. Grâce à ce léger surplomb, on perçoit partiellement le tracé des fossés romains décelés d'avion là où les céréales sont plus vertes. Liercourt-Erondelle (Somme).
Même site, après un orage en juillet. Les céréales, trop hautes au-dessus des anciens fossés comblés, se sont couchées. Cette

Liercourt-Erondelle (Somme), lieu dit " Le Camp de César ". Vue aérienne hivernale de la très grande levée de terre qui barre la colline. Sur la partie gauche, des traînées sombres d'humidité révèlent les emplacements de fossés romains comblés.

Même site au printemps, du haut d'une levée de terre. Grâce à ce léger surplomb, on perçoit partiellement le tracé des fossés romains décelés d'avion là où les céréales sont plus vertes. Liercourt-Erondelle (Somme).

Même site, après un orage en juillet. Les céréales, trop hautes au-dessus des anciens fossés comblés, se sont couchées. Cette "verse" des
céréales est fréquente au niveau d'anciens remblais protohistoriques ou romains. Liercourt-Erondelle (Somme).

Battre la campagne

Quant aux vestiges arasés étendus, ils ne sont évidemment perceptibles au sol que très partiellement, ce qui entraîne bien des risques de confusion. Une ligne de céréales, plus verte ou plus jaune, peut être simplement le résultat d'une traînée d'engrais. Toutefois, si le phénomène se produit plusieurs saisons de suite, ou si en hiver, sur les terres dénudées, cette ligne se manifeste sous un autre aspect, telle une traînée sombre d'humidité, elle peut être un indice révélateur de la présence d'un site archéologique arasé.

Dans les deux cas, le recours à des photographies aériennes permet d'avoir un plan d'ensemble de ces anomalies. De même, si on peut dominer le site d'une hauteur suffisante pour avoir un recul nécessaire, les confusions seront beaucoup moins nombreuses.

Le prospecteur pédestre aura intérêt à explorer les champs aux abords des sites connus par la bibliographie et tout particulièrement aux environs des " earth works " bien visibles en élévation : retranchements antiques ou médiévaux, tumulus, etc. Depuis des millénaires, les hommes ont toujours été attirés par les mêmes emplacements privilégiés : collines, versants bien exposés, confluences de rivières et surtout les hauteurs qui les surplombent. Comme chacun sait, oppida, mottes féodales, etc sont généralement mentionnés et même figurés sur les cartes de l'IGN au 1/25000e.

C'est à partir de là que " l'enquêteur du passé " aura intérêt à rayonner pour battre la campagne. Il pourra aussi s'intéresser aux lieux-dits significatifs et questionner les vieux agriculteurs : les sites à légendes sont toujours des sites archéologiques.

Le jaunissement plus rapide des petits pois marque le tracé d'un fossé romain. À l'arrière plan, la grande levée de terre du
Ici, c'est le givre qui révèle l'emplacement d'un enclos circulaire protohistorique. Port-le-Grand (Somme).
Tôt le matin, pour un très bref moment, la rosée dessine l'emplacement d'un ancien fossé de l'Âge du Bronze. Ce type de phénomène a engendré bien des légendes de lieux de sabbats nocturnes ! Neufmoulin (Somme).

Le jaunissement plus rapide des petits pois marque le tracé d'un fossé romain. À l'arrière plan, la grande levée de terre du "Camp de César" est discernable. La Chaussée-Tirancourt (Somme).

Ici, c'est le givre qui révèle l'emplacement d'un enclos circulaire protohistorique. Port-le-Grand (Somme).

Tôt le matin, pour un très bref moment, la rosée dessine l'emplacement d'un ancien fossé de l'Âge du Bronze.
Ce type de phénomène a engendré bien des légendes de lieux de sabbats nocturnes ! Neufmoulin (Somme).