Il y a 6 000 ans

Tell Feres (Syrie)

Après cinq campagnes de fouilles (2006-2010), le site de Tell Feres a livré des informations essentielles pour la compréhension des sociétés proto-urbaine du nord de la Syrie et sur la naissance de l'industrie céramique, l'urbanisation et la hiérarchisation de la société.
Vue du modèle 3D du site de Tell Feres (3800-3600 av. J.-C.)

On sait qu’en Mésopotamie du nord, le début du 5e millénaire, avec la culture dite d’Obeid, ne connaît que de simples communautés villageoises, tandis que des communautés urbaines pleinement constituées occupent la région dès le début du 3e millénaire. La situation évolue donc considérablement dans cet intervalle, que l’on appelle le Chalcolithique final. Tell Feres vient s’inscrire dans la recherche de ces dix dernières années qui a établi que la Mésopotamie du nord n’était pas que le réceptacle passif d’impulsions culturelles en provenance du sud.

Jusqu’au 4e millénaire et l’expansion urukienne, les communautés nord-mésopotamiennes ont connu une dynamique évolutive propre, qui les a menés jusqu’au stade proto-urbain, c'est-à-dire urbain. C’est cette dynamique, encore mal connue, qui est explorée sur ce site.

Tell Feres est aujourd’hui, avec Tell Brak, le seul site à avoir livré une séquence continue qui nous permet d’apprécier la trajectoire évolutive de la culture locale. Partant d’une étroite tranchée ouverte au sommet du flanc nord du tell, la zone dégagée a atteint presque 900 m2, sur un dénivelé de 5m, avec plus de dix niveaux architecturaux successifs.

Ce que nous apprend Tell Feres, c’est l’histoire d’un échec, d’une évolution avortée vers la ville et l’urbanisme. Cette trajectoire atteint son apogée au niveau 6 (vers 4200 av. J.-C.) et puis s’effondre, parce que Tell Brak, situé à 8 km au Sud, était trop proche, et s’est probablement développé plus vite.

La spécification de l’artisanat et l’industrialisation de la céramique

À la fin de la campagne de 2009, la découverte d’un édifice qui livra un four, quelques outils et des ratés de cuisson, suggère un atelier de potier. En 2010, 60m2 sont dégagés sur le même niveau  et montrent la présence non pas d’un mais de quatre ateliers de potier, disposés symétriquement à l’intérieur d’un même bâtiment : une usine à céramique du 5e millénaire. Dès la phase la plus ancienne, l’atelier réunit dans un même édifice toutes les structures nécessaires aux différentes étapes de la chaîne opératoire céramique, de la préparation des argiles jusqu’à la cuisson.

Comme les fours, pâtes et façonnages montrent des traditions techniques différentes d’une unité à l’autre. Cela offre une preuve supplémentaire de la variabilité culturelle cachée sous le label « Obeid », mais aussi une image frappante du niveau de plus en plus spécialisé atteint par les systèmes de production. Tous ces éléments indiquent clairement que l’atelier était organisé en unités de production autonomes, avec des spécialistes sans doute encore à temps partiel, mais qui satisfaisaient des commandes diversifiées répondant à des critères de spécialisation assez strictes, et surtout pour une demande qui dépassait largement l’échelle domestique ou même villageoise.

Des vestiges architecturaux exceptionnels

Le niveau 9 (vers 4700-4500 av. J.-C.) contient des vestiges architecturaux exceptionnels. Le plan qui se dessine ainsi n’a aucun parallèle connu, ce qui atteste de la créativité, et de la variabilité, de la culture locale, mais il est certain que l’on a affaire à un bâtiment exceptionnel. Il est bien difficile de préciser ses fonctions mais ce n’est pas une habitation, et certainement pas non plus un lieu de culte (il n’y a absolument aucun élément pour cela). C’est un bâtiment public, peut-être une salle de réunion communautaire, comparable aux mudhif ou madhafé dont certains villages syriens étaient pourvus autrefois et dont quelques exemplaires subsistent encore dans la région.

Lieu-dit

Tell Feres

Localisation

Djézireh, Syrie

Période d'occupation

Période d'Obeid (5e millénaire) jusqu'à la fin du Chalcolithique (3000 av. J.-C. environ)

 Date de découverte

2004

 
Direction scientifique

Régis Vallet (CNRS)