"Conquistador de l'archéologie"

Jacques de Morgan

Une personnalité emblématique de la recherche archéologique française à l'étranger de la seconde moitié du XIXe siècle et un grand donateur du Musée d'Archéologie nationale.
Jacques de Morgan

Formé très tôt à l’observation de la nature, le jeune Jacques de Morgan participe à des explorations archéologiques et fait la connaissance de savants renommés tels que l’abbé Cochet, Alexandre Bertrand ou le préhistorien Gabriel de Mortillet. Diplômé de l’École Nationale des Mines en 1882, il part en mission de prospection dans les Indes anglaises. Doué d’une curiosité insatiable, il multiplie les observations géographiques, ethnographiques et linguistiques, et met sa méthode d’enregistrement au point. Dès 1884, Morgan chargé de prospecter une mine d’étain dans l’état de Pérak (Malaisie), montre déjà son souci de mener ses travaux comme une démarche scientifique globale, et publie une dizaine d’articles à son retour.

Devenir archéologue

Alors qu’il évalue les mines de cuivre d’Akthala (Arménie), en 1888, il décide d’abandonner l’habit d’ingénieur des mines pour celui de l’archéologue. Avec le soutien du ministère de l’Instruction publique, il explore alors les villes antiques des côtes de la Mer Noire et de Transcaucasie, où il découvre plusieurs nécropoles protohistoriques. Eu égard à ses résultats, le Ministre de l’Instruction publique finance sa nouvelle expédition en Perse et en Turquie d’Asie (1889-1892). Morgan traverse le Kurdistan, où il repère des gisements de pétrole, que les Britanniques exploiteront plus tard, et parvient à explorer certaines régions encore inaccessibles aux Européens. De ce long périple, l’explorateur rapporte du matériel archéologique, des relevés et des photographies qui nourriront la publication finale.

En 1892-1893, les objets sont exposés au nouveau Musée Guimet de Paris, et ses résultats incitent les autorités à nommer Morgan directeur du Service des antiquités de l’Égypte, alors qu’il n’est pas égyptologue. Dès son arrivée, il réorganise énergiquement ce service dans un contexte de rivalité franco-anglaise. Il parvient à remettre le musée de Gizeh en état puis à ouvrir 46 nouvelles salles. Dans l’esprit de l’expédition d’Égypte, il entreprend un catalogue des monuments et inscriptions de l’Égypte ancienne, en collaboration avec l’École française du Caire. Il fait dégager et consolider le temple de Kom Ombo, puis remonter et consolider les colonnes de la salle hypostyle du temple de Karnak, avec l’aide de Georges Legrain. Il déblaie la nécropole de Memphis et en établit un relevé topographique. À cette occasion, Morgan fait de spectaculaires découvertes : le scribe accroupi du musée du Caire (Ve dynastie), les mastabas de Kagemni et Mérérouka (VIe dynastie), et surtout les sépultures du roi Hor et des princesses Méryt et Khnoumit (XIIIe dynastie) près des pyramides de Dahchour.

Toujours préoccupé par la recherche des origines, Morgan parvient à mettre en relation les découvertes de W. M. F. Petrie à Nagada et Ballas et celles d’É. Amélineau à Abydos, avec ses propres observations stratigraphiques dans la vallée du Nil. Ses fouilles d’un tombeau à Nagada viennent confirmer définitivement l’existence d’une préhistoire égyptienne. La reconnaissance de l’ancienneté de ces découvertes est si difficile à l’époque que l’archéologue se voit refuser par son ministre de tutelle égyptien d’utiliser son budget pour ces recherches. L’archéologue finance donc ses fouilles, et décide d’offrir sa collection personnelle au musée des Antiquités nationales de Saint-Germain-en-Laye (1910).

En 1897, Morgan atteint l’apogée de sa carrière en prenant la direction de la Délégation française en Perse à la suite de la signature du traité donnant à la France le privilège des fouilles dans ce pays. Après l’exploration des niveaux les plus récents de Suse par son prédécesseur Marcel Dieulafoy, Morgan se consacre aux niveaux les plus anciens du tell de l’Acropole avec l’aide d’une équipe pluridisciplinaire. En butte à des accusations relatives à sa gestion financière, l’archéologue démissionne en octobre 1912.    

Jacques de Morgan vit les dernières années de sa vie retiré dans le sud de la France où il soigne son mauvais état de santé et prépare des ouvrages de synthèse, des essais et des romans historiques, ayant à cœur de transmettre ses connaissances au grand public. Ayant reçu de nombreuses distinctions honorifiques françaises et étrangères, il n’a cependant jamais été accueilli à l’Académie des Inscriptions et Belles Lettres. À sa mort, le 12 juin 1924, Salomon Reinach et Marcellin Boule soulignent combien son souvenir subsistera “ éternellement (...) par les richesses archéologiques dont il a doté [les] Musées nationaux et la Science universelle ”, au premier chef le Musée national d'Archéologie, et sa salle d’archéologie comparée qui n’aurait pas vu le jour sans la donation Morgan.

Nom

Morgan de, Jacques

Collections

Caucase, Iran, Azerbaïdjan et Egypte essentiellement et d'une collection ethnographique provenant le la péninsule malaise.

Date 

Préhistoire-Protohistoire orientale, XIXe siècle (ethnographie)

Direction scientifique

Christine Lorre, conservateur en chef au musée d'Archéologie nationale - Domaine national de Saint-Germain-en-Laye