La chasse est au fondement de l’économie de subsistance des Magdaléniens et elle est aussi pourvoyeuse de nombreux produits d’usage quotidien autres que la viande (vêtements, couvertures, armes, etc.).

Stratégies et tactiques

La chasse requiert de nombreux savoirs sur les comportements du gibier, ses déplacements ou la composition des troupeaux. Ces informations sont réunies par l’observation des animaux, de leurs comportements sociaux et alimentaires, de leurs traces, etc. Les chasseurs magdaléniens se sont transmis entre générations ces connaissances à la base de leurs stratégies de chasse. Dans le Bassin parisien, leurs proies préférentielles ont été les chevaux et les rennes, ces derniers constituant souvent à Étiolles la priorité.

L’excellente conservation de la faune dans le locus 2 montre que l’abattage a eu lieu à la fin du printemps et au cours de l’été et qu’il n’a mobilisé que de petits groupes de chasseurs. Chacune des expéditions de chasse ne ciblait qu’un petit nombre de rennes, introduits ensuite dans les campements vraisemblablement sous forme de portions sélectionnées. Toutes ces façons de faire sont à la fois singulières et complémentaires d’autres modalités connues ailleurs dans la région, comme l’abattage en masse des rennes lors de leur migration automnale approvisionnant le campement du niveau IV20 à Pincevent.

De la boucherie à l’alimentation

À Étiolles, les savoirs et savoir-faire s’illustrent aussi dans l’exploitation bouchère de divers tissus corporels des animaux à des fins alimentaires ou pour la fabrication de produits d’usage. D’autres connaissances sont mobilisées afin de cuisiner la viande, des abats ou de la moelle osseuse. Ces ressources ont été cuites, séchées ou fumées pour être consommées immédiatement ou de façon différée, constituant ainsi des réserves alimentaires. Des bouillons de viande et de graisse étaient préparés à l’aide de pierres préalablement chauffées dont les fragments parsèment les niveaux d’habitat et probablement dans des récipients en peau ou en écorce aujourd’hui disparus.

Un amas de restes de chevaux à la lumière de l'archéozoologie

Un amas de restes de chevaux, qui a livré 555 restes osseux, correspond vraisemblablement à une zone satellite de l’habitation A17 du locus 1. Comme son nom l’indique, cet ensemble archéologique prend la forme d’une concentration d’ossements. Cette accumulation a favorisé la conservation des témoins de faune ; a contrario, les éléments les moins robustes ont été plus altérés, comme ceux qui se trouvaient sur le pourtour de la concentration. A degré de conservation analogue, les parties crâniales sont bien représentées ainsi que les segments de membres antérieurs et postérieurs alors que l’on note à l’inverse un grand déficit du squelette axial (vertèbres et côtes). On peut en déduire que cet amas ne résulte que d’une partie du traitement des carcasses de ces chevaux, la colonne vertébrale ayant été laissée sur le site de chasse.

La simultanéité des opérations de boucherie plaide pour un épisode de chasse unique, ayant abouti à l’abattage de trois chevaux. L’âge des spécimens qui peut être déterminé par la composition et l’usure des dents, indique qu’un groupe familial a été ciblé par les Magdaléniens. Ce groupe était composé d’un poulain d’un peu plus d’un an, d’un jeune adulte d’environ quatre ans, ainsi que d’un adulte âgé de 9 ans La valeur nutritive de ces trois proies est approximativement de 450 kg (viande, graisse, moelle). Le pic des naissances des chevaux ayant lieu début mai, et l’âge du poulain étant de treize mois (+/- 1 mois), l’épisode de chasse s’est déroulé au printemps. La tactique de chasse employée, par interception ou rabattage du groupe familial visé, témoigne de la mise en œuvre de moyens de chasse collectifs.